Cybersecurity
L’IA en action : des politiques et simulations à la vraie résilience
Cynthia Goh, Staff Product Manager chez SoSafe
Dans la plupart des entreprises européennes, la sécurité informatique repose encore sur une même recette : un document PDF de quarante pages qui s’accumule dans un dossier partagé, une formation annuelle identique pour toutes les équipes, et des simulations de phishing recyclées d’une campagne à l’autre. Résultat : les collaborateur·rice·s apprennent à reconnaître le faux colis DHL ou le faux e-mail Google de l’exercice annuel, mais pas la menace réelle qui, elle, change de visage chaque semaine. Dans un contexte où 85 % des directeurs des systèmes d’information (DSI) jugent de plus en plus difficile de suivre l’évolution des cadres réglementaires tels que NIS2 ou DORA, il est urgent de repenser l’architecture de la sensibilisation. Cynthia Goh, Staff Product Manager chez SoSafe, a présenté lors de Signal Paris SoSafe comment l’automatisation et l’intelligence artificielle permettent de transformer des contraintes réglementaires statiques en véritables leviers de résilience opérationnelle.
« L’équipe finance et l’équipe développement reçoivent les mêmes contenus, sur des profils de risque très différents. »
La différence entre politique et préparation
Le premier problème est structurel. Une politique de sécurité rédigée pour satisfaire un audit ne prépare pas les collaborateur·rice·s à détecter une attaque. Les équipes reçoivent les mêmes modules de formation quelle que soit leur exposition aux menaces, alors que le profil de risque d’un développeur n’a rien à voir avec celui d’un comptable. Cette homogénéisation est une vulnérabilité en soi.
Le deuxième problème est cyclique. Les simulations de phishing qui réutilisent les mêmes scénarios créent progressivement une fausse familiarité. Les collaborateur·rice·s apprennent à reconnaître le modèle de l’exercice plutôt qu’à développer un réflexe de vigilance authentique. En parallèle, monter une campagne de hameçonnage crédible ne nécessite plus de compétences techniques avancées : l’IA met cet arsenal à la portée de n’importe quel attaquant. Les menaces évoluent plus vite que les programmes de formation.
Le troisième problème concerne la mesure. Lors de Signal Paris SoSafe, l’équipe a cité un chiffre révélateur : « 37 % des responsables informatiques ne disposent d’aucun retour fiable sur l’efficacité réelle de leurs programmes de formation. ». Former sans mesurer, c’est naviguer sans instruments : la conformité est satisfaite sur le papier, mais la résilience comportementale reste non vérifiable.
Vous souhaitez approfondir ces éléments de réflexion ? Visionnez l’enregistrement de la session Signal Paris pour découvrir l’intégralité des échanges.
Appliquer le cadre de la cyber-résilience opérationnelle
Face à ce constat, SoSafe a structuré sa réponse autour de trois piliers technologiques, chacun ciblant une faille spécifique du modèle traditionnel.
Le premier est le moteur « Policy to Lesson ». Son principe : prendre n’importe quel document réglementaire interne – charte de sécurité, règlement intérieur, consignes DORA – et le transformer en un module interactif de cinq à dix minutes, accompagné de visuels générés automatiquement et d’un questionnaire de validation. Fini le PDF à lire avant la fin du mois ; place à une séquence courte et engageante. Les modules peuvent être publiés directement sur la plateforme SoSafe ou exportés au format SCORM 1.2 pour s’intégrer à un système de gestion de l’apprentissage (LMS) existant. Une mise à jour du référentiel en français se répercute automatiquement sur l’ensemble des 34 langues disponibles.
Le deuxième pilier est le « Recreate Attack ». Plutôt que de continuer à recycler les mêmes scénarios, cet outil permet aux administrateurs de capturer une vraie menace reçue en entreprise via un simple glissé-déposé de capture d’écran, puis de générer instantanément un modèle de simulation adapté avec un niveau de difficulté géré automatiquement. Il peut également s’appuyer sur des e-mails internes pour créer des exercices ciblés sur des usages réels.
Le troisième pilier est la « Threat Inbox ». Elle répond à un problème culturel fréquent : les équipes signalent peu les e-mails suspects, en partie parce qu’ils ne reçoivent aucun retour après leur signalement. La Threat Inbox isole les e-mails déclarés dans un environnement sécurisé et génère une réponse personnalisée pour l’employé qui a signalé.
Construire un plan concret pour la prochaine disruption
La Threat Inbox illustre ce passage de la conformité à la résilience active. Chaque signalement traité génère un retour mesurable vers le collaborateur·rice : le taux de signalement actif est l’un des indicateurs comportementaux les plus fiables pour évaluer l’ancrage d’une culture de vigilance.
Ce qui différencie une organisation résiliente d’une organisation simplement conforme, c’est sa capacité à mesurer les comportements réels. Les tableaux de bord analytiques présentés lors de Signal Paris SoSafe illustrent concrètement cette logique : il ne s’agit plus de suivre le taux de complétion d’un module, mais d’observer en temps réel les taux de clics sur les simulations, les taux d’interaction et les profils cognitifs à risque. Une injonction simulée d’un manager ou une offre urgente en fin de journée activent des biais cognitifs distincts ; la plateforme les cartographie et personnalise en conséquence les parcours de formation.
Ce niveau de granularité répond également à une exigence croissante des directions générales et des auditeurs : apporter la preuve mesurable de l’impact des investissements en sensibilisation. Avec des indicateurs comportementaux traçables, les responsables de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) peuvent présenter au comité exécutif (Comex) non plus des taux d’achèvement théoriques, mais des preuves d’un changement de comportement réel.
« La seule façon de réagir aussi vite, c’est de transformer chaque attaque en opportunité d’apprentissage. »
Les politiques deviennent des leçons que les équipes comprennent vraiment. Les menaces deviennent des simulations sur mesure. Et les comportements deviennent mesurables – non pas pour sanctionner, mais pour adapter, renforcer et progresser. C’est cette transformation, de la conformité passive à la résilience active, qui définit les organisations capables de faire face à la prochaine disruption.










